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	<description>Présentation des sciences du langage</description>
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		<title>[Concept du jour] Niveaux de sens</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Mar 2010 00:47:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le titre de cet article, bien que pratique, est quelque peu malheureux. Il n&#8217;est pas à proprement parler question d&#8217;établir une hiérarchie des différentes informations transmises par un énoncé, mais plutôt d&#8217;en présenter les différents types, et de les classifier. La seule hiérarchie envisageable est celle qui considère qu&#8217;il existe une première partie du sens [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le titre de cet article, bien que pratique, est quelque peu malheureux. Il n&#8217;est pas à proprement parler question d&#8217;établir une hiérarchie des différentes informations transmises par un énoncé, mais plutôt d&#8217;en présenter les différents types, et de les classifier. La seule hiérarchie envisageable est celle qui considère qu&#8217;il existe une première partie du sens qui apparait immédiatement, et que nous appellerons le <em>contenu posé, </em>et une seconde partie du sens qui apparait dans un second temps, et que nous appellerons le <em>contenu non-posé. </em>J&#8217;entends d&#8217;ici les objections que peut amener cette description préalable. Veuillez, je vous prie, rengainer vos armes, et me laisser le bénéfice de la vulgarisation.</p>
<p>Nous devons cette distinction des types de sens aux travaux de Paul Grice, réalisés dans les années 50, et finalisés en 1975 avec son ouvrage  <em>Logic and conversation. </em>Par la suite, bien des modifications ont été apportées à sa vision par différents linguistes, et c&#8217;est la vision la plus récente qui sera proposée dans cet article et les quatre suivants. Les théories de Grice se basent sur l&#8217;observation du fait que certaines phrases communiquent davantage que ce qui semble codé dans leur signification. Autrement dit,  la <a href="http://heurisis.ch/semantique1">sémantique </a>ne semblait pas en mesure d&#8217;expliquer certains effets de sens communiqués par les énoncés. Considérons l&#8217;exemple suivant :</p>
<p>(1) J&#8217;ai encore perdu mes clés.</p>
<p>Maintenant, voici quelques-unes des informations que l&#8217;on peut/doit tirer de cette phrase :</p>
<p>(1a) J&#8217;ai perdu mes clés.</p>
<p>(1b) Ce n&#8217;est pas la première fois que je perds mes clés.</p>
<p>(1c) J&#8217;avais des clés.</p>
<p>(1d) Je n&#8217;ai plus de clés.</p>
<p>(1e) Je suis habitué à perdre mes clés.</p>
<p>(1f) Je ne peux plus rentrer chez moi.</p>
<p>(1g) Je suis tête en l&#8217;air.</p>
<p>Si les propositions (1a) à (1g) peuvent/doivent effectivement être déduites de la phrase (1), elles ne sont pas toutes obtenues par les même mécanismes déductifs. Les propositions (1a) et (1b) forment ce que j&#8217;ai appelé plus haut le sens posé<em>, </em>et sont appelées des <em>explicatures</em>. (1c) est une <em>présupposition. </em>(1d) est une <em>implication. </em>Et finalement, (1e) à (1g) sont des <em>implicatures. </em>Les propositions (1c) à (1g) forment le contenu non-posé. Il faut toutefois préciser qu&#8217;un grand débat fait rage pour savoir ce qui appartient au contenu posé et non-posé. Il en sera brièvement question dans les articles suivants.</p>
<p>Les explicatures, les présuppositions et les implications sont considérées comme faisant partie du sens <em>explicite</em>, relevant donc du domaine de la <a href="http://heurisis.ch/semantique1">sémantique</a>. En revanche, c&#8217;est à la <a href="http://heurisis.ch/pragmatique">pragmatique </a>de décrire les mécanismes amenant à déduire les implicatures, qui constituent le contenu <em>implicite</em>.</p>
<p>Dans les articles qui vont suivre, nous allons décrire en détail ce que sont ces différents types de sens, leurs caractéristiques, ce qui permet de les différencier, et surtout pourquoi certains relèvent du domaine de la <a href="http://heurisis.ch/semantique1">sémantique</a>, autrement dit relèvent du code, et les autres de la <a href="http://heurisis.ch/pragmatique">pragmatique</a>, autrement dit d&#8217;un calcul d&#8217;hypothèses <em>a posteriori. </em>Cet article n&#8217;avait pour seul but que de montrer qu&#8217;il existe un grand nombre d&#8217;informations de différents ordres sur la base d&#8217;une seule phrase, et qu&#8217;il est nécessaire de les décrire pour comprendre précisément comment se construit et s&#8217;interprète le sens d&#8217;un énoncé lorsqu&#8217;il est prononcé.</p>
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		<title>[Concept du jour] Pragmatique</title>
		<link>http://www.heurisis.ch/pragmatique</link>
		<comments>http://www.heurisis.ch/pragmatique#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 21 Dec 2009 09:05:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
				<category><![CDATA[Concept du jour]]></category>
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		<description><![CDATA[Cet article présente le niveau ultime d’analyse de la langue : la pragmatique. Après la phonologie qui s’occupe des sons de la langue, la syntaxe qui traite de l’agencement des mots, la sémantique qui s’intéresse à la signification des mots et des phrases, la pragmatique tente de décrire par quels processus nous percevons le sens que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Cet article présente le niveau ultime d’analyse de la langue : la pragmatique. Après la <a href="http://www.heurisis.ch/phonetique-phonologie">phonologie</a> qui s’occupe des sons de la langue, la <a href="http://www.heurisis.ch/syntaxe">syntaxe</a> qui traite de l’agencement des mots, la <a href="http://www.heurisis.ch/semantique1">sémantique</a> qui s’intéresse à la signification des mots et des phrases, la pragmatique tente de décrire par quels processus nous percevons le sens que l’on pourrait appeler définitif d’une phrase. Mais qu’entend-on par sens définitif ?</p>
<p>La pragmatique a été initialement développée par H.P. Grice, dont nous avons déjà parlé dans l’article sur les <a href="http://www.heurisis.ch/maximes-de-conversation">maximes de conversation</a>. Grice observa que dans certains cas, il existe un écart entre ce qu’une phrase <em>semble dire</em> et ce qu’elle dit réellement dans une situation précise. Autrement dit, il y aurait une différence entre l’information encodée par la langue et l’information transmise par l’usage de la langue.</p>
<p>Attardons-nous un instant sur la phrase suivante :</p>
<p>« Marie a quatre enfants. »</p>
<p>Cette phrase très simple en apparence met en lumière un phénomène particulier. Pour déterminer ce qu&#8217;elle encode du point de vue sémantique , plusieurs étapes sont nécessaires.</p>
<p>La première étape est de déterminer la <em>forme logique</em> de l’<span style="border-bottom: 1px black dotted;" title="Phrase produite dans un contexte donné, par un locuteur.">énoncé</span>. Dans le cas présent, voici ce que nous obtenons :</p>
<p>« Il existe un objet du monde qui s’appelle <em>Marie</em>, et qui possède quatre enfants ».</p>
<p>C’est également ce qu’on appelle le <em>sens littéral</em>. On observe que la forme logique reste relativement indéterminée. En effet, on ignore à quoi faire référence <em>Marie</em>. Tout ce que l’on sait pour l’instant est que cet objet existe et qu’il a la propriété d’avoir quatre enfants. Si cette formulation logique semble peu intuitive à première vue, elle demeure essentielle si l’on veut saisir les mécanismes liés à l’interprétation des énoncés.</p>
<p>La seconde étape est donc de faire faire pointer le mot <em>Marie</em> vers un objet particuler du monde, l’être humain dont on parle, par exemple la voisine du locuteur. Cette démarche s’appelle la <em>saturation référentielle</em>. En d’autres termes, il s’agit d’indiquer quel élément du monde est désigné par le mot employé. Parmi toutes les Marie du monde, il est nécessaire de déterminer la Marie particulière dont il est question au moment où la phrase est prononcée. Dans une phrase comme « Le chien est couché sur le tapis », la saturation référentielle revient à déterminer de quel chien nous parlons (par exemple, le berger allemand que j’ai acheté il y a trois ans), et de quel tapis il est question (par exemple, le tapis persan de mon salon). La saturation référentielle, étape indispensable à la bonne compréhension d’un énoncé, va de pair avec un autre processus appelé <em>désambiguisation</em>. Dans le cas où je possède deux chiens, il est nécessaire de savoir duquel il est question dans l’exemple précédent. A noter que la saturation référentielle et la désambiguisation sont des processus simultanés et souvent inconscients.</p>
<p>Le résultat de ces processus s’appelle la f<em>orme propositionnelle</em>. Cette forme nous donne le <em>sens explicite </em>de l’énoncé. Il est toutefois important d’indiquer qu’au quotidien, lorsque nous interprétons des énoncés, nous ne passons pas par la forme logique. Le cerveau humain fait automatiquement le travail de saturation référentielle et de désambiguisation, passant presque immédiatement et inconsciemment à la forme propositionnelle. La distinction entre forme logique et forme propositionnelle reste cependant capitale pour l’analyse linguistique, et permet d’expliquer certains cas d’incompréhension dans la conversation.</p>
<p>Nous voilà en mesure de présenter un nouvel outil fondamental dans l’analyse linguistique : les <em>conditions de vérités</em>.  Pour qu’une phrase soit vraie, il faut que les conditions de vérités soient vérifiées. La phrase « Marie a quatre enfants » possède les conditions de vérité suivantes :</p>
<p>1)   Marie existe.</p>
<p>2)   Marie a quatre enfants.</p>
<p>Si ces deux conditions sont exactes, alors la phrase est vraie.</p>
<p>Donc, en définitive, <strong>la signification d’une phrase est l’ensemble de ses conditions de vérité</strong>.</p>
<p>Mais le travail ne s’arrête pas là. Imaginons maintenant que dans les faits, Marie ait en réalité cinq enfants, et que l’on vous dise « Marie a quatre enfants ». Considérerez-vous que la phrase est vraie ? Sans doute non, et c’est légitime. En effet, on s’attend à ce que le locuteur donne l’information exacte, c’est-à-dire « Marie à cinq enfants ». Pourtant, si Marie a cinq enfants, alors il est également vrai qu’elle en a quatre. Ainsi, tout en étant intuitivement fausse, notre exemple vérifie ses conditions de vérité (car il est vrai que Marie a quatre enfants, puisqu’elle en a même cinq ! ), ce qui implique qu’elle est vraie d’un point de vue <strong>sémantique</strong>. Comment se fait-il alors qu’une phrase puisse être apparemment à la fois vraie et fausse ?</p>
<p>C’est là que la pragmatique entre en action. Grice a constaté que lorsque nous interprétons des énoncés, nous rajoutons un certain nombre d’informations qui ne sont pas contenues explicitement dans la phrase, et ce, pour différentes raisons. Dans l’exemple qui nous intéresse, la phrase « Marie a quatre enfants » est interprétée comme « Marie a <em>exactement</em> quatre enfants ». Cela explique pourquoi, si Marie a en réalité cinq enfants &#8211; ce qui implique obligatoirement qu’elle en ait quatre &#8211; la phrase nous apparaît malgré tout fausse. La question qui se pose maintenant est de savoir pour quelle raison nous passons implicitement de la phrase « Marie a quatre enfants » à la phrase « Marie a <em>exactement</em> quatre enfants ».</p>
<p>Prenons un autre exemple. Imaginons la phrase suivante :</p>
<p>« Certains étudiants ont réussi leur examen ».</p>
<p>Si, à la suite de cette phrase on imagine sans souci d’heureux étudiants soulagés, on imagine également les pauvres étudiants qui, ne faisant pas partie des ces « certains étudiants qui ont réussi», ont quant à eux raté. Autrement dit, si « certains étudiants ont réussi », on déduit automatiquement que « certains ont raté », ou que « pas tous ont réussi ». Et pourtant, d’un point de vue logique, ce calcul est faux. Le fait que certains édudiants aient passé leur examen n’implique d’aucune façon que certains aient échoué. On peut tout à fait imaginer la phrase « Certains étudiants ont réussi, d’ailleurs même tous. » On voit donc à nouveau que nous ajoutons automatiquement une information supplémentaire qui n’est motivée par aucune règle logique, ni purement linguistique.</p>
<p>Un dernier exemple pour le plaisir :</p>
<p>« La plupart des médecins boivent ».</p>
<p>À l’écoute de cette phrase, on comprendra très certainement que « la plupart des médecins boivent <em>de l’alcool</em> ». Là encore, il est clair que l’information <em>de l’alcool</em> n’est indiquée nul part dans la phrase d’origine. Il faut donc bien reconnaître que les phrases que l’on emploie pour communiquer du sens ne contiennent pas à elles seules toutes les informations transmises. Certaines  viennent d’ailleurs, sont calculées à l’aide d’autres processus que le simple décodage logique, sémantique, de la phrase. On dit de ces informations qu&#8217;elles sont <em>implicitées</em>. Elles constituent le contenu <em>implicite</em> d&#8217;un énoncé, et sont appelées des <em>implicatures</em>. Nous reviendrons sur ces termes dans un article consacré aux différents types de contenus informationnels liés aux énoncés.</p>
<p>Les mécanismes qui viennent d’être décrits peuvent sembler compliqués, mais sont indispensables pour comprendre la limite entre la sémantique et la pragmatique. En effet, la sémantique ne se préoccupe que de la signification logique provenant du code linguistique où, comme nous l’avons vu, des conditions de vérité. Malheureusement, ces seuls outils sont insuffisants à expliquer le phénomène de rajout d’information mis en lumière dans le paragraphe précédent. Il a donc été nécessaire de mettre en place de nouvelles théories qui permettent de donner une explication à ces variations de sens, à ces rajouts d’information. Le domaine des sciences du langage qui s’occupe de ces questions s’appelle la <em>pragmatique</em>.</p>
<p>En résumé, on appelle <em>signification </em>d&#8217;une phrase/d&#8217;un mot l&#8217;ensemble des informations qui sont obtenue par décodage linguistique, et donc sémantique. On parle en revanche de <em>sens </em>lorsqu&#8217;on rajoute au contenu sémantique les informations pragmatiques du type de celles vues dans cet article.</p>
<p>Plusieurs modèles ont été développés pour apporter une explication à ces phénomènes. Grice fut le premier à s’intéresser aux questions auxquelles la sémantique ne parvenait pas à répondre et ce, à l’aide des maximes de conversations dont nous avons parlé dans un article précédent. Plus tard, Dan Sperber et Deirdre Wilson apportèrent également une description de ces phénomènes grâce à une théorie appelée <em>théorie de la pertinence</em>. Cette théorie fascinante mais complexe sera présentée prochainement dans un article spécifique.</p>
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		<title>[Concept du jour] La sémiotique</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Dec 2009 10:36:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Au quotidien, nous ne cessons de relever autour de nous des phénomènes, des indices que nous interprétons, auxquels nous donnons du sens. Cela peut aller d’un nuage dans le ciel à une trace de pneu sur la route, en passant par des numéros dans l’annuaire, ou à une conversation dans la rue. Notre environnement grouille [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au quotidien, nous ne cessons de relever autour de nous des phénomènes, des indices que nous interprétons, auxquels nous donnons du <em>sens</em>. Cela peut aller d’un nuage dans le ciel à une trace de pneu sur la route, en passant par des numéros dans l’annuaire, ou à une conversation dans la rue. Notre environnement grouille de manifestations auxquelles nous donnons une certaine interprétation. Toutes ces manifestations, de nature très diverses, sont appelées des signes. Et c’est le rôle de la sémiotique et de la sémiologie que de les étudier.</p>
<p>La sémiotique, tout comme la sémiologie, s’intéresse à l’objet abstrait qu’est le <em>signe</em>. Mais ces deux sciences ne l’approchent pas de la même manière. La sémiotique s’occupe de définir la nature du signe, ce qui le compose, ce qui le constitue, ce qui le caractérise. La sémiologie, quant à elle, s’occupe d’observer de quelle manière le signe qui a été défini préalablement, fonctionne dans un système de communication. En d’autres termes, la sémiologie a pour but de décrire de quelle manière le signe est intercepté et interprété par les personnes qui l’observent. En définitive, la sémiotique a pour rôle celui de décrire ce qu’est un signe, et la sémiologie celui d’expliquer comment il se manifeste, s’interprète, « fait du sens », dans la vie de tous les jours. L’exigence de concision de ce travail nous oblige à nous concentrer exclusivement sur l’une de ces deux sciences. Il sera donc question ici de décrire la sémiotique, et donc, de décrire ce qu’est un <em>signe</em>.</p>
<p>Prenons un exemple. Marc décide d’aller acheter un t-shirt. Il se trouve devant le vaste choix qui s’offre à lui, et le passe en revue. Il jette finalement son dévolu sur un t-shirt vert pomme. En effet, bien d’autres couleurs étaient disponibles, mais selon lui, le rouge était trop agressif, le jaune trop sportif, l’orange trop vulgaire, le blanc trop neutre, le noir trop triste, le rose trop efféminé, etc. Il a de plus pris le modèle sans motif, car il avait le choix entre un dessin de Mickey trop infantile, la tour Eiffel trop touristique, le visage de Che Guevara trop politique, et le texte « Cambridge University », qui indique soit qu’il y est allé, soit qu’il aurait voulu y aller, ce qui ne lui convient pas dans les deux cas. Il reste donc sur sont t-shirt vert pomme sans motif. L’étiquette indique la lettre « S », qui veut dire <em>Small</em>. Il semble donc qu’il faille connaitre l’anglais pour déterminer la taille de l’objet, mais l’emploi conventionnalisé de cette notation permet à Marc d’interpréter sans problème le sens de la lettre. Il a appris le code. Il voit en dessous plusieurs symboles comme  <img src="http://www.heurisis.ch/images/semiotique_lessive.JPG" alt="Lessive" />, qui font références au type de traitement réservé à ce t-shirt pour le laver, soit lavable à la main, laver à 40°, pas de fer à repasser, nettoyage à sec, etc. Il remarque également la mention « 100% coton », qui indique la composition du t-shirt. On voit donc que sur un simple objet quotidien comme le t-shirt se retrouvent un grand nombre de signes de natures différentes.</p>
<p>Quels sont donc des différents types de signes ? C’est précisément l’une des questions à laquelle la sémiotique tente de répondre. Mais avant de nous pencher sur cette question, il est nécessaire de répondre à la première question concernant le signe : de quoi est-il fait ! Dès l’antiquité, certaines personnes se sont penchées sur la question de savoir quels étaient les constituants du signe. Au final, on en retrouve entre trois et quatre, selon l’école de pensée : le signifiant, le signifié, le référent et le stimulus. Ce dernier est souvent laissé de côté. Nous ferons de même après l’avoir présenté. Le stimulus est la manifestation concrète du signe. C’est l’onde sonore qui atteint notre oreille lors d’une discussion, la lumière qui frappe notre rétine lorsque nous voyons un objet, etc. Mais ce stimulus, pour être interprété, doit correspondre à un certain modèle abstrait, qui fait partie d’un code. Tout son que l’on entend ne peut être interprété. Il faut qu’il fasse partie d’un code que l’on est en mesure de déchiffrer. Ce modèle est le signifiant. Le son d’une sirène, un cercle rouge sur fond blanc, le son « arbre », sont des manifestations sonores ou visuelles s’inscrivant dans un code préalablement appris. Ces signifiants n’ont toutefois d’intérêt que si l’on les associe à un concept, à un objet qui n’est pas lui-même. Ainsi, la sirène renvoie à un signal de mise en garde, le rond rouge sur fond blanc renvoie à une interdiction de circuler, et le son « arbre » renvoie au concept d’arbre. Et finalement, le référent est l’entité particulière qui est désignée dans l’utilisation du groupe signifiant/signifié. Autrement dit, si je dis « l’arbre de mon jardin à cent ans », je désigne une entité précise dans le monde, l’arbre qui est planté dans mon jardin. Le signe est donc composé de ces quatre éléments de façon indissociable. La mise en relation du stimulus au signifiant, du signifiant au signifié, et du signifié au référent s’appelle le <em>processus sémiotique</em>.</p>
<p>Il est important de noter que le stimulus et le référent se trouvent sur le plan de l’expression du signe, alors que le signifié et le référent se trouvent sur le plan du contenu conceptuel du signe. Cette séparation permet de distinguer les signes en fonction de leur rapport entre plan de l’expression et du contenu. En effet, selon les contextes, certains signes entretiennent un rapport d’univocité, de bijection. À un signifiant correspond un signifié, et ce de manière unique.  Une volute de fumée indiquera la présence d’un feu, les traces de pas indiqueront le passage d’un animal, le noir indiquera le deuil, etc. Ces signes sont indécomposables en unités plus petites, et cela nous permet donc d’établir un rapport unique entre le signifiant et son signifié. On dit qu’ils sont correspondants. En revanche, les mots du langage, pour prendre un exemple parmi d’autres, n’ont pas cette propriété. Les sons qui constituent le mot « arbre » ne contribuent pas indépendamment les uns des autres à la constitution du sens du mot. Ce n’est que mis ensembles, dans un certain ordre, que l’on peut accéder au concept d’<em>arbre</em>. D’ailleurs, les sons constitutifs du langage sont limités, et servent à constituer un nombre illimité d’autres mots. Autrement dit, dans le son « arbre », rien ne renvoie de manière indépendante à la couleur verte, à l’aspect végétal, à la hauteur, etc. C’est l’union d’éléments non signifiants, qui permettent d’en former un plus grand, qui renvoie au concept d’<em>arbre</em>. Ce type de signe est appelé <em>non-correspondant.</em></p>
<p>On considère également le signe selon que la relation entre signifiant et signifié est arbitraire ou motivée. Dans le cas de la fumée renvoyant au feu, de la mousse sur les arbres indiquant le nord, le lien est dit <em>naturel. </em>En revanche, lorsque le lien entre le signifiant et son signifié correspondant découle d’une construction artificielle, non motivée naturellement, comme c’est le cas de tous les mots du langage humain, on dit que le signe est arbitraire. Pour reprendre l’exemple précédent, rien ne justifie que le concept d’<em>arbre</em> soit dénoté par le son « arbre ». Il pourrait très bien en être autrement, la preuve en est que le même concept a comme signifiant « Baum » en allemand, « tree » en anglais, etc.</p>
<p>Nous avons donc une classification qui permet d’établir quatre catégories de signes, selon leurs caractéristiques : les indices, les icones, les symboles et les signes au sens strict.</p>
<p><strong>L’indice</strong> est un signe causalement motivé. C’est la marque de la main sur une joue, témoignant de la gifle, le rond humide laissé par un verre sur une table, la girouette qui montre le sens du vent, etc. Ces signes sont d’une part motivés, et correspondants, car ils sont indécomposables.</p>
<p><strong>L’icone</strong> est un signe motivé par ressemblance. Il y a par exemple la carte de géographie, la maquette d’avion, l’image d’un miroir, l’imitation d’un cri d’animal, etc. Ces signes sont motivés, mais ne sont pas forcément correspondants. En effet il est possible d’utiliser les éléments constitutifs de l’icône pour la réutiliser. La couleur employée sur une carte de géographie peut servir à tout autre chose.</p>
<p>Le <strong>symbole</strong> est un signe associant arbitrairement un signifiant et une abstraction. La croix du Christ, la balance pour la Justice, le vert pour la protection de l’environnement, sont tous des symboles. Un symbole est généralement indécomposable en unités plus petites.</p>
<p><strong>Le signe au sens strict</strong>, finalement, est l’élément constitutif des codes les plus sophistiqués. Il est évidemment employé dans le code linguistique, mais également dans les numéros de téléphones, dans les codes barres, etc. Le signe au sens strict est décomposable en unités non signifiantes qui peuvent systématiquement être réutilisées pour la production d’autres signes.</p>
<p>Cette typologie du signe a de nombreuses applications, et touche à un grand nombre de domaines. Elle permet d’aider à l’interprétation et à la compréhension d’éléments constitués de signes qu’il est nécessaire de décoder pour accéder au message. Si il n’est pas nécessaire d’être sémioticien pour saisir le contenu d’un texte ou d’une peinture, l’approche sémiotique permet de révéler et d’expliciter les mécanismes qui sont mis en œuvre pour parvenir à former un message à l’aide d’éléments sans valeur signifiante à priori. Regardons quelques cas :</p>
<p>A l’évidence, il existe une sémiotique du texte et du discours, qui tente de définir en termes d’éléments signifiants les différents genres littéraires que l’on peut rencontrer, comme les romans, les biographies, les textes scientifiques. La poésie fait particulièrement appel à la sémiotique, donnant ainsi naissance à des domaines d’étude comme la rhétorique ou la stylistique.</p>
<p>Mais il existe également une sémiotique des médias, qui prend en considération les affiches publicitaires, politiques, les reportages, etc. Roland Barthes fut l’un des précurseurs en matière d’analyse sémiotique des messages publicitaires. Par extension se développe la sémiotique du spectacle (cinéma, théâtre, etc.), qui considère la parole, la gestuelle, les décors, comme signes.</p>
<p>La sémiotique des codes signalétiques est également importante. Cela touche à la fois les codes routiers, graphiques, et même les blasons et armoiries, qui regorgent d’indices et de symboles, tous porteurs de significations particulières pour qui sait les décoder.</p>
<p>La sémiotique du récit se propose de décrire les éléments systématiques qui fondent la structure d’un récit. Elle met en avant les valeurs prônées, les oppositions, et la façon de les mettre en scène. Elle tente donc de mettre en lumière un schéma universel propre à ce type de textes.</p>
<p>Et finalement, la sémiotique visuelle a une importance capitale. Elle s’intéresse à l’image en général, que ce soit des peintures, des photographies, des dessins, cinéma, etc. En effet, l’image n’est pas interprétable de la même manière qu’un texte, ou qu’un autre outil de communication codé. La question fondamentale que se pose la sémiotique de l’image est de savoir comment on parvient à reconnaitre ce qu’il y a sur une image, de façon presque univoque. Les signes employés dans la représentation picturale ne sont pas du même ordre que ceux décrits précédemment. Ils sont de deux types : les signes plastiques et les signes iconiques.</p>
<p>Les signes plastiques sont ceux qui touchent à la couleur, à la texture, à la forme d’une image. On peut les assimiler aux symboles et aux indices, en ce qu’ils renvoient à un signifié. Les couleurs ont souvent une signification particulière. La nature des traits employés révèlent une certaine émotion. Un flou, par exemple, peut indiquer un sentiment de vitesse, ou de confusion. L’interprétation de ces signes reste toutefois très subjective.</p>
<p>Les signes iconiques, quant à eux, établissent une relation de ressemblance entre le signifiant et le signifié. Ce sont en quelque sorte les éléments qui permettent de dire que le dessin en question représente un chat et non un chien. Il est évident que l’objet réalisé sur la toile n’est pas un animal à proprement parler. Et pourtant, nous parvenons à en identifier la nature sans difficulté. La sémiotique visuelle décrit ce signe iconique comme une relation entre un stimulus, un signifiant, un <em>type </em>et un référent. Ainsi, le stimulus (le dessin) se rapproche du référent (la chose représentée) en ce qu’ils entretiennent des rapports de conformité avec un même <em>type</em>, une sorte de modèle conceptuel, possédant les caractéristiques prototypiques de l’objet représenté. Toute la question est donc de savoir à partir de quel degré d’écart entre le stimulus et le type, le dessin ne représente plus l’objet en question.</p>
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		<title>[Concept du jour] La sémantique II</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Dec 2009 09:30:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Observons maintenant les différentes façons d&#8217;extraire  l&#8217;information d&#8217;une phrase. Il n&#8217;est pas toujours possible d&#8217;accéder à  la totalité de la signification d&#8217;une phrase en additionnant la signification des mots qui la compose. La quasi totalité des phrases contient un certain nombre d&#8217;informations qui ne sont pas dites explicitement, mais sont cependant comprises automatiquement. On appelle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Observons maintenant les différentes façons d&#8217;extraire  l&#8217;information d&#8217;une phrase. Il n&#8217;est pas toujours possible d&#8217;accéder à  la totalité de la signification d&#8217;une phrase en additionnant la signification des mots qui la compose. La quasi totalité des phrases contient un certain nombre d&#8217;informations qui ne sont pas dites explicitement, mais sont cependant comprises automatiquement. On appelle ces informations les présuppositions et les implications.<br />
Prenons un exemple : &laquo;&nbsp;Marie est rentrée à la maison.&nbsp;&raquo; Nous avons une première information immédiate qui est que Marie est à cette heure à la maison. Il y a cependant deux informations qui ne sont pas contenues explicitement dans cette phrase, et qui sont malgré tout transmises. La première, triviale,  est que Marie existe. La seconde est que Marie n&#8217;était pas à la maison quelques temps auparavant. On appelle ces informations des présuppositions. Pour qu&#8217;une phrase produise du sens, il est nécessaire que ses présuppositions soient vraies. Elles sont considérées comme vraies par la personne qui prononce la phrase, et également pour la personne à qui la phrase s&#8217;adresse. On dit qu&#8217;elles sont <em>mutuellement reconnues</em> par le locuteur et l&#8217;interlocuteur. On peut également constater que même dans le cas où la phrase est niée, les présuppositions restent vraies. &laquo;&nbsp;Marie n&#8217;est pas rentrée à la maison&nbsp;&raquo; présuppose toujours l&#8217;existence de Marie, ainsi que son absence de la maison.</p>
<p>L&#8217;usage des présuppositions est très fréquent dans le discours manipulatoire, d&#8217;une part car il laisse à penser que les informations présupposées sont évidentes, et d&#8217;autre part car il est très difficile de les remettre en cause, car si on nie le propos tenu, les informations présupposées restent vraies. Nous reviendrons sur ce point dans l&#8217;article consacré à la manipulation.</p>
<p>L&#8217;implication est une information qui découle logiquement de l&#8217;<span style="border-bottom: 1px black dotted;" title="Phrase produite dans un contexte donné, par un locuteur.">énoncé</span>, une sorte de conséquence. Si je dis &laquo;&nbsp;Jean a perdu ses clés&nbsp;&raquo;, l&#8217;implication est qu&#8217;il ne les a plus. Il se peut que l&#8217;implication soit fausse (dans le cas où il les a retrouvées), mais dans ce cas elle doit être niée par un autre énoncé qui précise que l&#8217;implication ne doit pas être retenue.</p>
<p>Une distinction importante doit être faite entre le <em>sens</em> et la <em>signification</em> d&#8217;une même phrase. La signification, comme nous l&#8217;avons vu, est la réunion de nombreux critères permettant d&#8217;indiquer de quoi nous parlons. Ces critères sont toujours intrinsèquement liés à la phrase en question. Mais certaines nuances sont apportées par l&#8217;utilisation que l&#8217;on fait d&#8217;une phrase dans un contexte particulier. En effet, un grand nombre de phrases prennent un sens différent selon la personne qui la prononce, la personne à qui cette phrase est destinée, et le cadre dans lequel la phrase est prononcée. C&#8217;est la réunion de tous ces paramètres qui donne à la phrase son <em>sens</em>. Ainsi une phrase ne possède de sens que dans un contexte particulier. C&#8217;est à ce moment là qu&#8217;elle se transforme en énoncé. Le sens est l&#8217;objet d&#8217;étude de la <em>pragmatique</em>, qui sera présentée dans le prochain article.</p>
<p>Je reviendrai sur les notions de présupposition et d&#8217;implication dans l&#8217;article sur la pragmatique, et dans un article dédié aux différents types de contenu informationnel. En effet, ces notions très complexes méritent davantage d&#8217;explications et de précisions. Il n&#8217;était question ici que de donner une idée des différents aspects dont s&#8217;occupe la sémantique, sans entrer dans trop de détails.</p>
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		<title>[Concept du jour] La sémantique I</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Feb 2009 14:10:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous en arrivons maintenant à l&#8217;étude scientifique de la signification d&#8217;une phrase. C&#8217;est le domaine de la sémantique, qui tente de décrire les mécanismes utilisés dans la création de signification. Si la phonologie et la syntaxe utilisent des outils relativement consensuels, la sémantique est loin de faire l&#8217;unanimité. Les raisons sont que d&#8217;une part, elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous en arrivons maintenant à l&#8217;étude scientifique de la <em>signification</em> d&#8217;une phrase. C&#8217;est le domaine de la sémantique, qui tente de décrire les mécanismes utilisés dans la création de signification. Si la <a href="http://www.heurisis.ch/phonetique-phonologie" target="_self">phonologie</a> et la <a href="http://www.heurisis.ch/syntaxe">syntaxe</a> utilisent des outils relativement consensuels, la sémantique est loin de faire l&#8217;unanimité. Les raisons sont que d&#8217;une part, elle développe une grande diversité d&#8217;approches, et d&#8217;autre part que la signification se construit à plusieurs niveaux : de celui des mots à celui des phrases, mais également par le rapport qu&#8217;entretiennent les phrases avec<span style="color: #000000;"> les informations du contexte, notamment celles provenant du discours dans lequel elles s&#8217;inscrivent. Finalement, le sens provient de la mise en relation de la phrase et du contexte, notamment de la situation dans laquelle le propos est tenu. Ce dernier point sort toutefois du domaine d&#8217;étude de la sémantique pour entrer dans celui de la pragmatique, qui sera développé dans le prochain article.</span></p>
<p>Comme nous l&#8217;avons fait en phonologie en parlant du phonème &#8211; unité minimale de son d&#8217;une langue &#8211; il est nécessaire de définir en sémantique l&#8217;unité minimale de signification. Cette unité s&#8217;appelle le <em>morphème</em>. Il indique la partie la plus petite d&#8217;un mot qui est porteuse de signification. Prenons le mot &laquo;&nbsp;<em>tables</em>&laquo;&nbsp;. Nous avons deux morphèmes, découpés comme suit : <em>table -s</em>. Le premier morphème, <em>table</em>, indique à quel <a href="http://www.heurisis.ch/signe">signe linguistique</a> se réfère le terme, et le second morphème <em>-s</em> indique le nombre, dans ce cas le pluriel. La linguistique distingue les morphpmes relevant du vocabulaire (ou du lexique) des morphèmes relevant de la grammaire. Les premiers sont appelés <em>morphèmes lexicaux</em>, ou <em>lexèmes</em> et les seconds <em>morphèmes</em> <em>grammaticaux</em>.<br />
Ainsi le mot &laquo;&nbsp;<em>lecteurs</em>&nbsp;&raquo; peut se découper en lect -eur -s.  <em>Lect</em> est le lexème, <em>-eur</em> est le morphème grammatical indiquant le substantif masculin, -s est le morphème grammatical marquant le pluriel. Les mots partageant le même lexème sont usuellement appelés &laquo;&nbsp;mots de la même famille&nbsp;&raquo; (sale, saleté, salir, salement,&#8230; partagent le lexème sal-). Précisons que si les lexèmes peuvent être en nombre infini (groupe ouvert), les morphèmes sont en nombre limité (groupe fermé), découlant des fonctions grammaticales propres à la langue étudiée.</p>
<p>Maintenant que nous avons vu comment les bases de signification se combinent en mots, observons comment distinguerces derniers les uns par rapport aux autres.</p>
<p>Un des outils employés pour étudier les rapports entre les mots est l&#8217;analyse structurale (ou componentielle). Derrière ce terme obscur se cache en réalité une démarche relativement simple. Il s&#8217;agit de donner des caractéristiques spécifiques à un mot et de le comparer avec ses voisins sémantiques. Prenons comme illustration les termes rivière, fleuve, torrent, et traçons leur analyse structurale.<br />
<img src="http://www.heurisis.ch/images/analyse_componentielle.png" alt="Analyse componentielle " /><br />
L&#8217;analyse structurale consiste comme on le voit à donner des caractéristiques permettant de distinguer les mots entre eux. Ces caractéristiques sont appelées traits sémantiques. Cette notion constitue un premier pas important pour comprendre comment fonctionnent certaines figures de style comme la métaphore, l&#8217;allégorie ou la métonymie. L&#8217;analyse componentielle vient directement de la linguistique structuraliste, qui considère pour la première fois le langage non plus comme une liste presque infinie de mots ayant chacun sa signification propre, mais plutôt comme un réseau, un maillage, constitué de signes qui se définissent par opposition aux signes proche dans leur signification, c&#8217;est-à-dire partageant avec leurs voisins un certain nombre de traits sémantiques.</p>
<p>Nous n&#8217;allons pas passer en revue toutes les méthode d&#8217;analyse sémantique, mais présentons-en encore une, celle des relations sémantiques.<br />
Outre les traits en commun entre différents mots, il existe entre eux des liens sémantiques permettant de les ordonner. Prenons l&#8217;exemple du mot pomme et du mot fruit. Ces deux termes entretiennent un lien sémantique, dans le sens ou une pomme entre dans la catégorie des fruits. On dit que la pomme est l&#8217;hyponyme du fruit, et à l&#8217;inverse que le fruit est l&#8217;hyperonyme de pomme. Cette relation est appelée hyponymie. Ces liens sémantiques sont importants pour décrire les synonymes, les antonymes, &#8230;</p>
<p>Considérons maintenant la phrase entière. Je présente ici la vision structuraliste de la relation entre syntaxe et sémantique. Il en existe bien-sûr d&#8217;autres, qui seront présentées dans d&#8217;autres articles.</p>
<p>La création d&#8217;une phrase se construit selon deux modes, ou axes. Le premier axe est celui de la sélection, le second est celui de la combinaison. En effet, avant de prononcer la phrase &laquo;&nbsp;cette voiture est vieille&nbsp;&raquo;, les deux mécanismes mentionnés sont intervenus. Le premier axe, celui de la sélection, demande de définir de quoi nous parlons. Est-ce une voiture, un bagnole, une auto, une caisse, &#8230; Est-elle vieille, usée, démodée, désuète, &#8230; Nous devons donc choisir parmi un certain nombre de mots partageant des traits sémantiques lequel correspond le mieux à la situation. Cet axe est appelé axe paradigmatique.<br />
Il faut ensuite organiser les mots dans un ordre approprié, relevant de la syntaxe. Cet axe est appelé axe syntagmatique.<br />
En d&#8217;autres termes, l&#8217;axe paradigmatique est l&#8217;axe par lequel nous pouvons choisir un mot plutôt qu&#8217;un autre, et l&#8217;axe syntagmatique celui par lequel nous choisissons dans quel ordre les mots se présenterons dans la phrase. Nous pouvons dire que l&#8217;axe paradigmatique est vertical, et l&#8217;axe syntagmatique horizontal. Si nous étions en géométrie euclidienne, nous parlerions d&#8217;abscisse et d&#8217;ordonnée.</p>
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		<title>[Concept du jour] La rhétorique</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Feb 2009 09:16:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La rhétorique date de l’antiquité grecque et signifiait l’art de l’éloquence ou art de persuader par le discours. Elle était surtout destinée au domaine juridique et comportait traditionnellement cinq parties : l’inventio (art de trouver les arguments les plus efficaces), la dispositio (art d’ordonner les arguments dans la présentation du discours), l’elocutio (art de trouver [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La <strong>rhétorique</strong> date de l’antiquité grecque et signifiait l’<em>art de l’éloquence</em> ou <em>art de persuader par le discours</em>. Elle était surtout destinée au domaine juridique et comportait traditionnellement cinq parties : l’<em>inventio</em> (art de trouver les arguments les plus efficaces), la <em>dispositio</em> (art d’ordonner les arguments dans la présentation du discours), l’<em>elocutio</em> (art de trouver les mots qui renforcent les arguments), l’<em>actio</em> (art du mouvement, du geste accompagnant la parole), et la <em>memoria</em> (art de mémoriser le discours). C’était donc avant tout une approche de la langue orale. La dimension rhétorique de la langue écrite n’est apparue que bien plus tard.<br />
La rhétorique recouvre plusieurs sens, selon que l’on en est un partisan ou un détracteur. Pour les uns, c’est un moyen de manipuler, d’utiliser la langue et la logique à des fins de ruse. Pour les autres, c’est l’art de la belle langue, de la phrase bien dite, de la pensée ornementée.<br />
Mais la rhétorique n’est pas qu’une sorte de mystique de la langue. C’est également uns science qui s’occupe de décrire les usages particuliers du langage, comme les<em> <a href="http://users.skynet.be/fralica/refer/theorie/annex/figstyl/cafistyl.htm">figures de style</a></em>. Elle en dresse la liste, et décrit leur fonctionnement, leur caractéristique, leur puissance. Elle travaille également sur les procédés caractéristiques de la littérature, en lien avec la stylistique, afin de permettre une meilleure interprétation des textes littéraires.<br />
Elle a donc une orientation poétique, intégrant la notion de beauté, et une orientation scientifique qui travaille sur les effets de langue.</p>
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		<title>[Concept du jour] Syntaxe</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Feb 2009 07:02:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le présent article est le second d’une série de quatre articles qui ont pour but de présenter les différents niveaux d’analyse de la langue que sont la phonologie, la syntaxe, la sémantique et la pragmatique. Avant d’entrer plus avant dans la présentation de ces niveaux d&#8217;analyse, il est important d&#8217;introduire la grammaire dans ce panorama [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le présent article est le second d’une série de quatre articles qui ont pour but de présenter les différents niveaux d’analyse de la langue que sont la <a href="http://www.heurisis.ch/phonetique-phonologie" target="_self">phonologie</a>, la syntaxe, la <a href="http://www.heurisis.ch/semantique1">sémantique</a> et la pragmatique.</p>
<p>Avant d’entrer plus avant dans la présentation de ces niveaux d&#8217;analyse, il est important d&#8217;introduire la <em>grammaire</em> dans ce panorama afin d&#8217;éviter les confusions.<br />
La grammaire s’attache à décrire (grammaire descriptive) et à édicter (grammaire prescriptive) les règles à respecter afin de produire des phrases réputées correctes par les usagers de la langue. Ces règles pouvant être de nature différente, il  nécessaire d’établir des sous-domaines distincts. Ces domaines font précisément l&#8217;objet d&#8217;autres articles  (<a href="http://www.heurisis.ch/phonetique-phonologie" target="_self">phonologie</a>, syntaxe, <a href="http://www.heurisis.ch/semantique1">sémantique</a>).<br />
En plus des domaines mentionnés ci-dessus, la grammaire compte bien d’autres domaines comme l’orthographe ou la lexicologie, mais qui ne seront pas traités ici.</p>
<p>Venons-en maintenant au sujet de cet article. La <strong>syntaxe</strong> est le registre de la linguistique qui s’occupe de décrire les règles d’agencement des mots dans une phrase. C’est elle par exemple qui demande que l’on place un verbe à la suite du nom dans une phrase affirmative, qui demande une inversion entre le sujet et le verbe dans une phrase interrogative, etc.<br />
La syntaxe ne s’intéresse pas au sens produit par les phrases, mais uniquement à leur construction (sujet &#8211; verbe &#8211; complément &#8211; &#8230;). Ainsi, une phrase telle que «<em> Je <span style="border-bottom: 1px black dotted;">demain viens</span> manger </em>» sera considérée comme fausse sur le plan syntaxique, car elle ne respecte pas les règles d’agencement.<br />
Mais se limiter à parler de sujet, de verbe et de complément est insuffisant pour procéder à une analyse qui permette d&#8217;expliquer tous les cas de figure.<br />
Considérons l&#8217;exemple suivant : « <em><span style="border-bottom: 1px black dotted;">Frère mon</span> vient manger à la maison ce soir </em>».  Cette phrase est manifestement fausse. Pourtant, à la lumière des critères mentionnés plus haut, il n&#8217;est pas possible d&#8217;identifier l&#8217;erreur, car le sujet vient avant le verbe, lui-même placé avant le complément.</p>
<p>Pour pouvoir traiter ces cas, la syntaxe  a du se forger  un instrument supplémentaire : le <strong>syntagme</strong>. Ce dernier est un groupe de mots construit autour d&#8217;un noyau (un nom, un verbe, etc. ) et qui forme une unité dans la phrase. On parle de syntagme nominal, de syntagme verbal, de syntagme adjectival, etc. Ainsi, dans une phrase telle que « <em>Les premiers arrivants ont été accueillis dignement</em> », nous avons un syntagme nominal : <em>les premiers arrivants</em>, un syntagme verbal : <em>ont été accueillis</em>, et un syntagme adverbial : <em>dignement</em>. Grâce au syntagme, la syntaxe est en mesure de régir la structure d&#8217;une phrase à plusieurs niveaux : certaines lois décrivent l&#8217;agencement de la phrase entière, et certaines donnent les consignes d&#8217;agencement à l&#8217;intérieur des syntagmes.</p>
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		<title>[Concept du jour] Phonétique / Phonologie</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Feb 2009 14:25:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le présent article est le premier d&#8217;une série de quatre articles qui ont pour but de présenter les différents niveaux d&#8217;analyse de la langue que sont la phonologie, la syntaxe, la sémantique et la pragmatique. La phonétique étudie les propriétés physiques des sons constitutifs du langage humain, leurs particularités, la façon de les produire (phonétique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le présent article est le premier d&#8217;une série de quatre articles qui ont pour but de présenter les différents niveaux d&#8217;analyse de la langue que sont la phonologie, la <a href="http://heurisis.ch/syntaxe">syntaxe</a>, la <a href="http://heurisis.ch/semantique1">sémantique </a>et la <a href="http://heurisis.ch/pragmatique">pragmatique</a>.</p>
<p>La <strong>phonétique</strong> étudie les propriétés physiques des sons constitutifs du langage humain, leurs particularités, la façon de les produire (phonétique articulatoire), leur mode de transmission (phonétique acoustique). Ces notions sont donc en relation avec d’autres sciences comme l’anatomie et la physiologie. La phonétique étudie également l’évolution des sons au travers des siècles. Mais elle ne s’occupe pas de leur usage ni de leur fonction au sein d’une langue.</p>
<p>Ce domaine est celui de la <strong>phonologie</strong>, qui considère les sons en tant qu’unités d’une structure. Cette science s’occupe en premier lieu de déterminer les sons de base utilisés dans une langue, et d&#8217;en établir le catalogue. Ces unités minimales de son sont appelés <em>phonèmes</em>, et sont en nombre limités.<br />
Il est important de ne pas les confondre avec les lettres de l’alphabet de la langue en question. En effet, une lettre peut être associée à plusieurs phonèmes suivant les cas (le « c » de <em>carré</em> et de <em>cercle</em>), un phonème peut être représenté par plusieurs lettres (le son [k] de <em>casquette</em> et de <em>képi</em>). Un phonème peut même être constitué de plusieurs lettres (le son [o] de <em>bateau</em>).<br />
Il est également important de ne pas confondre le phonème et la syllabe, qui est une combinaison de phonèmes dont le noyau est une voyelle prononcée.</p>
<p>Tous les sons ne représentent cependant pas un phonème à part entière. Le [r] roulé à l’italienne, le [R] grasseyé à la façon de Georges Brassens, ou le [ʁ] usuel, ne sont que des variantes <em>phonétiques</em> d’une même unité <em>phonologique</em>, étant donné que ces variantes ne produiront jamais un changement de sens en français. On dit que ce sont les variantes libres d’un même phonème.</p>
<p>La phonologie étudie donc l&#8217;influence des sons dans la production de sens, l&#8217;impact de leur variation sur la production langagière, comment les phonèmes permettent de distinguer les signes de la langue.</p>
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		<title>[Concept du jour] Maximes de conversation</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Feb 2009 14:22:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le concept de maximes de conversation a été développé par Paul Grice en 1975. Ces maximes sont des conventions langagières que chacun tend à respecter dans une conversation. Lors d&#8217;un échange verbal quel qu&#8217;il soit, on part du principe que l&#8217;interlocuteur les respecte, et réciproquement. C&#8217;est le principe de coopération, qui permet de mener une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le concept de <strong>maximes de conversation</strong> a été développé par Paul Grice en 1975.<br />
Ces maximes sont des conventions langagières que chacun tend à respecter dans une conversation. Lors d&#8217;un échange verbal quel qu&#8217;il soit, on part du principe que l&#8217;interlocuteur les respecte, et réciproquement. C&#8217;est le <em>principe de coopération</em>, qui permet de mener une discussion cohérente. Ces maximes sont au nombre de quatre.</p>
<p>1. <strong>Maxime de quantité</strong><br />
- <em>Donnez autant d&#8217;informations que nécessaire.<br />
- Ne donnez pas plus d&#8217;information que nécessaire</em>.<br />
Imaginons que quelqu&#8217;un vous demande où habite un tel. Vous lui indiquez, sauf cas particulier, la rue et le numéro. Vous n&#8217;indiquez pas simplement la ville, car ça ne suffirait pas. Vous donnez donc suffisamment d&#8217;informations. A l&#8217;inverse, vous ne mentionnez pas en plus de la rue la ville, le pays, le continent. Vous ne donnez donc pas trop d&#8217;informations.</p>
<p>2. <strong>Maxime de qualité (ou de vérité)</strong><br />
- <em>Ne dites pas ce que vous croyez être faux.<br />
- Ne dites pas ce que vous n&#8217;êtes pas en mesure de justifier</em>.<br />
C&#8217;est cette maxime paradoxalement, permet de mentir. Étant donné que votre interlocuteur part du principe que vous respectez la maxime de vérité (on pourrait parler de présomption de sincérité), il pense que vous considérez ce que vous dites comme vrai.</p>
<p>3. <strong>Maxime de pertinence, ou de relation</strong><br />
<em> &#8211; Soyez pertinent (dans la continuation de la discussion). Soyez à propos.</em></p>
<p>4. <strong>Maxime de manière</strong><br />
- <em>Ne soyez pas obscur.<br />
- Ne soyez pas ambigu.<br />
- Soyez bref.<br />
- Soyez méthodique.</em></p>
<p>Il faut comprendre que ces maximes ne sont pas toujours respectées. C&#8217;est d&#8217;ailleurs les transgressions qui permettent le mensonge, l&#8217;humour, la manipulation,&#8230;<br />
Il peut arriver que l&#8217;on transgresse une maxime non pas à des fins de ruse, mais pour en préserver une autre. Imaginez que vous ignorez l&#8217;adresse précise de la personne dont il était question plus haut. Vous indiquez peut-être simplement le quartier. Vous ne donnez donc pas assez d&#8217;information, violant ainsi la maxime de quantité, mais uniquement dans le but de ne pas vous tromper, préservant ainsi la maxime de qualité.</p>
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		<title>[Thème] L&#8217;ironie</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Feb 2009 14:19:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Raeber</dc:creator>
				<category><![CDATA[Thème]]></category>
		<category><![CDATA[antiphrase]]></category>
		<category><![CDATA[ironie]]></category>
		<category><![CDATA[linguistique]]></category>
		<category><![CDATA[mention]]></category>
		<category><![CDATA[sciences du langage]]></category>
		<category><![CDATA[sperber]]></category>
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		<description><![CDATA[Le thème de l&#8217;ironie est extrêmement vaste. Tenter de parvenir à une définition efficace de l&#8217;ironie est illusoire, du fait de ses nombreuses formes et de la complexité des phénomènes qui sont en jeu. Les plus grands linguistes (Berrendonner, Sperber et Wilson, Kerbrat-Oreccioni, &#8230; ) s&#8217;y sont cassé les dents. Le présent article vise uniquement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le thème de l&#8217;ironie est extrêmement vaste. Tenter de parvenir à une définition efficace de l&#8217;ironie est illusoire, du fait de ses nombreuses formes et de la complexité des phénomènes qui sont en jeu. Les plus grands linguistes (Berrendonner, Sperber et Wilson, Kerbrat-Oreccioni, &#8230; ) s&#8217;y sont cassé les dents. Le présent article vise uniquement à présenter une description (même pas exhaustive) des différentes formes, ainsi que quelques pistes permettant d&#8217;expliquer leur fonctionnement.</p>
<p>Commençons par un rapide survol historique.</p>
<p>La première forme d&#8217;ironie recensée est l&#8217;ironie socratique, qui était l&#8217;art de feindre l&#8217;ignorance, afin de renverser finalement la situation et montrer ainsi à l&#8217;interlocuteur sa propre ignorance.<br />
Dans la tradition latine, on considère l&#8217;ironie sous deux formes. La première est dite <em>antiphrastique</em>. Dans ce sens elle représente une antiphrase, forme de trope (= phrase qu&#8217;il ne faut pas prendre au sens littéral, mais figuré, comme une métaphore par exemple). L&#8217;antiphrase est une figure par laquelle on emploie un mot ou une phrase, avec l&#8217;intention d&#8217;en souligner le sens contraire.<br />
Un exemple simple : &laquo;&nbsp;<em>Quel temps radieux !</em>&nbsp;&raquo; Alors qu&#8217;il pleut.<br />
La seconde forme que prend l&#8217;ironie est appelée <em>figure de pensée</em>. Cette forme rend compte de propos ironiques dépassant le cadre de la phrase, et où il est nécessaire d&#8217;envisager tout un extrait, voire une oeuvre, où encore un discours, afin d&#8217;en saisir la nature ironique.</p>
<p>Revenons un instant sur la notion d&#8217;antiphrase, et considérons les deux exemples suivants :<br />
(1) &#8211; <em>Je suis enchanté d&#8217;apprendre que tu as été licencié de ton collège</em> (dit un père à son fils).<br />
(2) &#8211; <em>Je suis enchanté d&#8217;apprendre qu&#8217;il y a du soleil en Valais</em> (dit un Neuchâtelois).<br />
Ces deux <span style="border-bottom: 1px black dotted;" title="Phrase produite dans un contexte donné, par un locuteur.">énoncés</span> sont, ou du moins peuvent être compris comme ironiques. Mais l&#8217;altération de sens n&#8217;est pas la même dans les deux cas. Dans le premier, le père n&#8217;est pas enchanté mais consterné, alors que dans le second cas, le Neuchâtelois n&#8217;est ni enchanté, ni consterné, mais simplement indifférent. Il est donc important de prendre la notion de sens opposé dans son cadre le plus large.</p>
<p>Si des exemples simples comme ceux mentionnés plus hauts peuvent être expliqués par la forme d’antiphrase, cette vision est trop limitée pour décrire des procédés plus complexes.<br />
Considérons ce dialogue suivant (3) :<br />
<strong>Édouard</strong> : -<em> Le temps va sa gâter. J’ai un mauvais pressentiment pour notre pique-nique.</em><br />
A l’heure du pique-nique, le temps est radieux.<br />
<strong>Stéphanie</strong> : -<em> En effet, quel temps horrible !</em><br />
Nous sommes toujours en présence d&#8217;une antiphrase, mais avec un effet supplémentaire, qui est de tourner en dérision l&#8217;inquiétude et le pessimisme d&#8217;Édouard. Nous ne pouvons donc plus considérer cette phrase comme un simple trope.</p>
<p>Nous pouvons à ce stade forger une première définition en voyant l&#8217;ironie comme une manière de dire l&#8217;inverse de ce que l&#8217;on semble vouloir dire.</p>
<p>Cette définition, la plus courante, semble satisfaisante, mais peine tout de même à expliquer certains cas. Que dire par exemple des énoncés suivants :<br />
(4) &#8211; <em>Je suis le meilleur !</em> (exagération, indiquant en réalité que je suis simplement content de moi).<br />
(5) -<em> J&#8217;aime tellement quand tu me prêtes de l&#8217;attention ! </em>(dit une femme à son mari qui regarde la télévision).</p>
<p>Ces exemples ne sont en aucun cas antiphrastiques. Le premier n&#8217;est qu&#8217;une exagération de la véritable pensée du locuteur, la seconde est absolument vraie même dans son sens littéral. Où est donc l&#8217;ironie ?</p>
<p>Entrons donc dans le vif des théories langagières, afin de parvenir à expliquer ces cas plus complexes.</p>
<p>Dan Sperber et Deirdre Wilson, deux éminents linguistes, ont retravaillé la notion d&#8217;ironie comme figure de pensée. Pour eux, la clé de compréhension est de considérer l&#8217;énoncé, la phrase prononcée, comme une <em>mention</em> et non comme un <em>usage</em>. Ils entendent par là que l&#8217;énoncé n&#8217;est pas pleinement assumé (usage), mais seulement présenté à l&#8217;autre de manière à prononcer un jugement à son encontre.</p>
<p>Dans un exemple simple comme &laquo;&nbsp;<em>Quel temps superbe !</em>&nbsp;&raquo; (alors qu&#8217;il pleut), celui qui énonce (le locuteur) n&#8217;assume pas son propos, il ne &laquo;&nbsp;pense pas vraiment ce qu&#8217;il dit&nbsp;&raquo;, mais émet un jugement sur l&#8217;énoncé, et par glissement, également sur une personne qui serait susceptible de penser une telle phrase, incongrue dans ce contexte.<br />
Il y a donc dans cet exemple <em>mention</em> d&#8217;un énoncé étrange (dans ce contexte), duquel le locuteur se dissocie, afin de se moquer. Autrement dit, dans l&#8217;ironie, on ne dit pas vraiment ce qu&#8217;on dit explicitement, mais on fait un commentaire ou un sous-entendu, sur ce qu&#8217;on énonce. On <em>mentionne</em> donc un fait dans le seul but de le commenter ou de s&#8217;en dissocier.<br />
Dans l&#8217;exemple (3), Stéphanie mentionne, de façon un peu détournée, le propos énoncé par Jean peu auparavant. Étant donné le temps ensoleillé, on comprend que cette phrase ne peut pas être réellement assumée par Stéphanie, et qu&#8217;elle n&#8217;en fait mention que pour s&#8217;en dissocier, et se moquer d&#8217;Édouard.<br />
Cependant, il n&#8217;est pas toujours question de ne mentionner qu&#8217;un énoncé. On peut également mentionner un acte, voire une attente. C&#8217;est le cas dans l&#8217;exemple (5). Par sa phrase, l&#8217;épouse mentionne une attente, qui à l&#8217;évidence est frustrée. Dans ce contexte, cet énoncé marque un décalage entre une réalité désirée et une réalité effective. Ainsi elle indique et déplore que son mari ne fait pas attention à elle.</p>
<p>La prise en compte du contexte est capitale car un énoncé n&#8217;est jamais ironique par nature, mais toujours dans un contexte :  cadre, locuteur et destinataire(s) précis. Si l&#8217;énoncé (2) était prononcé par quelqu&#8217;un dont toute la famille habite en Valais, il serait réellement ravi d&#8217;apprendre que le temps est radieux là-bas.</p>
<p>On peut développer le sujet très largement et présenter d&#8217;autres théories,  plus puissantes, mais ça en deviendrait trop laborieux, et je crois que l&#8217;essentiel a été dit.</p>
<p>Une dernière chose avant de rendre l&#8217;antenne. L&#8217;ironie fonctionne à l&#8217;aide d&#8217;indices laissés à l&#8217;interlocuteur pour lui faire comprendre nos intentions. Ces indices sont plus ou moins évidents, ce qui laisse une marge d&#8217;erreur, de mauvaise interprétation. Il est fréquent qu&#8217;une remarque ironique ne soit pas interprétée comme telle, les indices étant insuffisants. À l&#8217;inverse, s&#8217;ils sont trop évidents, trop marqués, l&#8217;ironie perd sa subtilité, et l&#8217;on tombe alors dans le sarcasme.<br />
Ces indices ont également des avantages. Ils permettent dans certains cas de nier la portée ironique, afin de se protéger et d&#8217;éviter une réaction désagréable de la part du destinataire.</p>
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